19/05/2014

Assez de se justifier !

Je travaille à Genève depuis maintenant 16 ans.  Je ne suis pas originaire d’un département frontalier mais de la région Rhône-Alpes un peu plus loin après Chambéry.
Au départ,  je travaillais pour une Organisation non gouvernementale basée à Genève et j’avais été envoyé au Burundi dans la région des grands lacs. En 1995, notre indemnité se montait à CHF 1'000.- pour gérer de grosses équipes, un hôpital important. Il y avait peu de Suisse qui travaillaient avec nous, l’ONG en question n’avait ni la notoriété, ni les salaires du CICR…
Quelques années plus tard, on m’a demandé de venir à Genève pour développer un service de contrôle de gestion au siège de l’association. J’aurai préféré vivre à Genève, puisqu’à l’époque on trouvait encore des appartements abordables, on m’a expliqué que pour les français, c’était plutôt des permis frontaliers car les rares permis B étaient réservés à des nationalités plus lointaines. J’ai donc commencé ces navettes transfrontalières, scooter, train et voiture plus récemment. 
A l’époque dans cette petite ONG le débat faisait déjà rage, trop de frouzes, trop arrogants, écrasant les Helvètes, mais à l’époque – avant les bilatérales – on devait justifier de nos recrutements et on ne trouvait pas de citoyens suisses prêts à s’engager pour  nos petits salaires d’humanitaires mais déjà on me parlait il y a 15 ans de la mafia allochtone se tenant les pouces pour évincer les genevois. Mais dans le vrai Genève on en parlait pas ou pas trop.

J’ai ensuite travaillé pour une entreprise multinationale où le personnel était multiculturel et très international, puis pour un grand club automobile suisse et enfin pour une régie publique. J’ai toujours été recruté sur des postes ouverts, publics, sur lesquels on ne se bousculait pas pour postuler. Alors c’était peut-être conjoncturel, aujourd’hui, il y a peut-être des genevois au chômage qui pourraient occuper mon poste. Mais à l’époque, il était plus intéressant de travailler dans la banque où l’on gagnait bien plus.
Alors que faut-il faire des frontaliers ?
Faire un contrat de travail précaire pour tous les frontaliers stipulant que le poste occupé peut être à tout moment repris par un résident genevois?
C’est à étudier, pourquoi pas. Frontalier et étranger, je ne vote évidemment pas donc je garderai mes idées politique pour moi ce coup-ci. Par contre je commence à très bien connaître Genève, ses institutions et ses arcanes politiques. En 16 ans de travail ici, j’ai payé beaucoup d’impôts donc les deux tiers sont restés à Genève pour financer des infrastructures dont je ne profite pas. Les seuls retours sont les allocations familiales, je finance le chômage sans en bénéficier.
Alors  au bout de 16 ans, j’en ai assez de justifier régulièrement mon statut de frontaliers. Je travaille, je paie mes impôts sur mon salaire et sur l’argent que ma femme ne gagne pas, je consomme à Genève et quand mon poste était ouvert (il y a 7 ans)  il n’y a pas eu de résidents genevois qui  fassent l’affaire. Pour devancer les railleurs ce sont de bons suisses qui m’ont recruté pas de mafia frouze chez mon employeur !

Alors maintenant si les votants MCG pouvaient juste continuer à voter en leur âme et conscience et nous foutre la paix, j’apprécierai assez !