21/01/2015

Tous pour 1

 

La devise des mousquetaires s’applique depuis quelques jours à l’ensemble des frontaliers, tous pour un franc suisse à un Euro : La BNS a lâché son taux plancher.
Dans une note de 2011, j’avais annoncé que la banque centrale suisse ne tiendrait que quelques mois. Je peux donc me considérer comme un visionnaire puisque je m’attendais à cette décision depuis plus de 3 ans (c’est de l’humour). On peut la regretter mais c’est l’inconvénient de l’autonomisation des banques centrales : l’état perd la maîtrise de cette la politique monétaire et malgré des taux d’intérêts largement négatifs, le Franc Suisse a rejoint un niveau proche de la parité avec l’Euro après s’être approché du seuil des 0,80 soit la moitié ce que valait l’euro il y a encore 7 ans. On peut également se demander si c’est bien le rôle de la banque centrale suisse que de soutenir artificiellement le cours de l’Euro et je suis surpris d’entendre tous ces fervents libéraux pester contre le marché

 

En tant que frontalier, il serait mentir de dire que je ne me suis pas réjoui de cet évènement, la réactivité régionale fut d’ailleurs très bonne puisque les frontaliers ont saturé leur banque pour contracter des ventes à terme, quand les genevois occupaient les bureaux de change pour profiter de l’aubaine d’un samedi de solde à parité.
A plus long terme, il semble évident que cette décision est difficile voire critique pour l’économie suisse et ce qui n’est pas bon pour l’économie suisse n’est pas bon pour ses travailleurs qu’ils soient frontaliers ou pas.
C’est encore plus mauvais pour les zones frontalières : la proximité des zones en euro va renforcer le tourisme d’achats et risque de peser lourdement sur la distribution et le commerce de proximité. Ces secteurs emploient nombre de frontaliers et de travailleurs intérimaires. Ces deux catégories de personnel risquent de servir de variables d’ajustement.

 

Cela n’est pas bon non plus pour notre progression au sein des entreprises suisses : comment demander des augmentations alors que vos collègues et responsables vous rappellent systématiquement cette belle augmentation du 15 janvier 2015 et que dire de la cohésion sociale dans une région transfrontalière où les travailleurs frontaliers sont considérés comme des nantis…

 

Que dire encore des risques de dumping social, de ruée vers le franc suisse de nouveaux travailleurs étrangers, alors se réjouir à court terme pourquoi pas mais espérons que cette décision soudaine de la BNS ne soit pas une difficulté supplémentaire pour les travailleurs et régions frontalières dans un contexte déjà très tendu. D’autant que les annonces de la BCE du 22 janvier pourrait confirmer voire amplifier cette baisse de l’Euro.

 

14/01/2015

Etre ou ne pas être?

 

Comme tout bon bloggeur je vais y aller de ma note concernant les évènements tragiques « Charlie et HyperCacher »
J’ai longuement hésité car que dire finalement de plus ou de mieux que les milliers de prise de position vues, lues et entendues, néanmoins la stupeur qui m’a frappé après ces évènements m’amènent à en parler :

J’envisageais Charlie comme l’amateur de BD que je suis, Charlie Hebdo c’est avant tout le dessin et j’étais venu à Charlie par Cabu, par Fluide Glacial, par le Canard Enchaîné. Mais les articles de Charlie m’ennuyaient souvent et j’avais du mal à les lire plus qu’à les survoler en dehors de la Chronique d’Oncle Bernard qui était ce que je lisais en premier. J’avais de plus eu du mal à passer sur la fin de l’époque Philippe Val, puis lors de ce que j’ai pris pour un ralliement à l’administration Sarkozy au moment du limogeage de Didier Porte et Stéphane Guillon.
Dans un amalgame délibéré, j’avais cessé d’acheter régulièrement Charlie Hebdo  en dehors des gros numéros de 2006 et de quelques couvertures extatiques. Mais j’en garde la vision de mes années de jeunesse et d’humanitaires où dans des contextes difficiles Charlie m’a fait crevé de rire, ciblant les militaires, les religions, les cons, les politiques, les beaufs, en Bosnie et dans les grands lacs le contexte n’incitait pas à la rigolade mais malgré tout Charlie Hebdo y pourvoyait.
Il y avait toujours un trait de caractère qui nous rappelait combien nous étions proches des cibles de Charlie et ce trait nous aurait permis d’être moins cons pour autant que nous l’eussions souhaité. Alors bien sûr qu’ils vont nous manquer notamment Cabu que nous connaissions depuis tout petit et qui était capable de traiter tous types de dessins pour tous les publics et puis ils n’apportaient pas leur contribution qu’à Charlie Hebdo mais aussi à Match, au Canard, à Marianne, à Fluide…

 

J’écris aussi cette note car depuis jeudi je ne me sens pas bien j’ai beaucoup pleuré, j’ai mal dormi, j’ai du mal à comprendre, j’ai mis je suis Charlie un peu partout tout de suite pendant deux jours avant de me dire que cela n’avait pas de sens, j’aimais Charlie, je lisais de temps en temps Charlie, J’adorais les dessins de ces mecs, j’écoutais et lisais passionnément Bernard Maris mais aussi Houellebecq (il est Charlie Houellebecq) mais pour le reste être Charlie ça veut dire quoi ?

 

Si je comprends bien c’est plutôt être pour la liberté de la presse tout en étant indifférent aux appels à souscription comme je l’ai été ? Est-ce aussi adhérer au discours politique que `C.H défendait dans ses pages ? la BBC qui dans sa charte s’engage à ne pas montrer d’image du prophète elle est Charlie ? C’est proposer de panthéoniser Cabu pour qu’il repose avec les Généraux et Maréchaux d’empire ?

 

Alors finalement j’ai enlevé, je suis Charlie, je ne suis pas complètement Charlie et puis je n’ai pas le dixième du courage d’un seul de ces dessinateurs alors arrêtons avec ce beau slogan, je ne suis finalement qu’un citoyen qui tient à la liberté de la presse à la Française avec sa tradition d’anticléricalisme et le respect de la laïcité de notre République qui protège l’ensemble des croyances. Voir certains dirigeants à la manifestation parisienne ne m’a pas rassuré sur la compréhension de cette liberté de la presse d’autant que pendant ce temps Raef Badawi, jeune blogueur Saoudien,  est emprisonné et fouetté tous les vendredi pour Blasphème et le ministre Saoudien des affaires étrangères défile à Paris, il est Charlie lui ?

 

Alors Je comprends la peine, je comprends l’émotion, mais j’ai du mal à comprendre les croyants musulmans. Vendredi, prenant de l’essence dans une station j’entendais une gentille dame expliquer que c’était bien triste qu’ils soient morts mais qu’ils l’avaient quand même un peu cherché, ils ne s’agit pas de stigmatiser ces fidèles mais comment faire comprendre que Charlie critiquait toutes les religions pour faire rigoler et que la critique de l’Islam n’était de loin pas la plus féroce.
En effet pour les membres de la rédaction la critique devait s’adresser à la religion majoritaire sur leur territoire de chalandise c'est-à-dire le catholicisme. C’est ce qu’avait expliqué au procès de 2007, l’avocat de Charlie montrant des dizaines de caricatures épouvantable(ment drôles) pour répondre aux assertions de non-égalité de traitement entre les religions et ainsi écarter le sous-jacent d’insultes racistes.

 

Comment expliquer et dialoguer avec tous les croyants sur le fait que la religion est une opinion que l’on doit pouvoir exercer librement mais que l’on doit également moquer. La moquerie, le rire ne remet pas en cause la foi des croyants. Je respecte les principes de toutes les religions mais ne me sens pas comptable du respect de leur principe et j’ai envie de continuer à rire des flics, des homos, des cons, des beaufs, de moi et aussi des religions, de toutes les religions
Mais je suis inquiet,  il y a beau avoir eu plusieurs millions de manifestants, on a quand même entendu quelques bruits discordants, sur le respect des minutes de silence, sur la célébration des attentats dans quelques quartiers, sur l’augmentation des actes antimusulmans. Et que dire de la nouvelle affaire Dieudonné : on nous ressort la liberté d’expression bafouée mais l’apologie de crime terroriste n’est pas une opinion mais un délit.
Alors Si la majorité s’est levée contre ces actes une minorité considère que c’est le début d’une opposition. Il faudra donc se montrer vigilant car il suffit de peu de gens pour faire dégénérer une situation.